Kiosque–Interrogatoire
― Vous perdez votre temps, tentai-je en entrecroisant les bras sur ma poitrine.
― Vous savez que cette histoire idiote que vous tentez de me cachez par tous les moyens est votre unique alibi? répondit l’inspecteur en appuyant ses deux poings sur la table.
― Je le sais, mais je n’ai pas envie de révéler « cette histoire idiote ». D’autres que vous s’y sont déjà cassé les dents.
― Les autres n’avaient pas le pouvoir de vous faire coffrer, rétorqua-t-il d’un air belliqueux. Si vous ne me dites rien, vous risquez la prison.
― Pas tant qu’il n’y aura aucune preuve contre moi, contrai-je calmement. Vous êtes plus calé en droit que moi, il me semble. Vous connaissez cette coutume idiote? Comment s’appelle-t-elle, déjà… Hum… La présomption d’innocence?
― Ne jouez pas à ça avec moi, je vous prie.
― Mais je ne joue pas. Je vous rappelle simplement que vous n’avez aucune raison valable de m’être discourtois, et aucune preuve qui justifie une telle menace.
― Vous avez un rôle à jouer dans cette affaire. Si on creuse plus loin, on va fatalement finir par dégotter de quoi vous accuser de quelque chose.
― Mais ce n’est pas le cas,pour l’instant, n’est-ce pas? J’ignore ce qui semble vous persuader ― à tort, je crois bien ― que j’aie une quelconque raison de me sentir coupable. Vous allez sans doute découvrir une chose affreusement banale qui me mettra assurément hors de cause… Mais encore une fois, c’est la présomption d’innocence que vous semblez ignorer. Vous n’avez rien contre moi, à part que je me trouvais dans ce quartier ce soir là. Et vous prouvez par vos propos accusateurs et vous menaces ― implicites et explicites ― que vous ne me pensez pas innocent.
― Comment croire un homme innocent quand il vous cache ostensiblement quelque chose?
― Ayez confiance en moi.
― Un bon flic n’a jamais confiance en personne: c’est ce qui lui permet de démasquer les criminels.
― Très bien. Alors ne me faites pas confiance et continuez à poser vos questions insipides que vous savez inaptes à résoudre l’équation.
― Je n’arrêterai pas de poser des questions, monsieur. C’est mon travail.
― Alors posez les bonnes questions. Vous me faites perdre mon temps.
― C’est la meilleure! s’esclaffa l’inspecteur. Vous me faites perdre mon temps. Quelle raison avez vous à cacher les faits de cette façon?
― La même qui m’a poussé à les cacher des journalistes, monsieur l’inspecteur. Ceci me semble évident.
― Votre culpabilité, donc.
― Vous ne m’écoutez pas. Comment voulez-vous faire du bon travail lorsque vous ne prêtez pas attention aux réponses des interrogés ? Je vous ai déjà dit que j’étais innocent, et cela devrait vous suffire. Vous n’avez malheureusement rien pour me contredire sur ce point. Alors je voudrais, s’il vous paît, que vous arrêtiez de partir systématiquement du principe que je suis en faute. Je ne vous cache pas mon histoire à cause d’une quelconque culpabilité.
― Alors pourquoi? enchaîna le policier, piqué au vif. Vous protégez quelqu’un?
― Vous voyez? Il n’est pas si difficile de poser des questions qui ne prennent pas pour acquise ma culpabilité, et de ce fait, qui ne blessent pas mon amour propre.
― Très bien. Vous m’avez eu. A présent, veuillez répondre à ma question.
―Non.
― Répondez à ma question, s’emporta-t-il en frappant du point sur la table.
― Du calme, inspecteur. Ceci n’est qu’un malentendu. Je viens juste d’y répondre, ce qui devrait vous satisfaire. Si à l’avenir, lorsque je réponds à une question, vous faites preuve de mauvaise humeur, je n’y répondrai plus.
― « Non »? C’est votre réponse?
― C’est un mot qui à lui seul répond à la question posée, n’est-ce pas? Donc oui, je considère que « non » est ma réponse.
― Vous ne comptez pas m’en dire plus?
― Il ne me semble pas que votre question réclame un quelconque développement, inspecteur. Elle est entièrement satisfaite par oui ou par non. D’ailleurs, vous me donnez une très bonne idée. Dorénavant, je ne répondrai à vos question que si elles sont satisfiables par les réponses « oui » et « non ». Je vous promets que ces réponses seront honnêtes.
― Je ne suis pas d’humeur à jouer à un jeu.
― C’est bien dommage, répondis-je avec un sourire amusé. J’adore jouer, et il me semble que vous n’avez pas le choix.
― Écoutez-moi bien, monsieur ********.
― Je suis tout ouïe.
― Ce n’est pas parce que vous êtes une célébrité que je compte vous traiter d’une façon privilégiée. À mes yeux, vous êtes un criminel comme un autre.
― Vous recommencez, inspecteur. Vous avez dit « criminel ».
― Je sais très bien ce que j’ai dit! cria-t-il avec un nouveau geste d’humeur. Cessez donc de me parler avec ce ton mielleux et ces airs supérieurs. Je vais finir par m’énerver.
― Ce n’est pas déjà le cas? questionnai-je l’air surpris. Je vous promets que cet interrogatoire se déroulera bien mieux si vous conservez votre calme, ajoutai-je en imitant sa façon de parler. Vous venez de me dire que vous n’alliez pas me traiter différemment des autres interrogés pour la simple raison d’être célèbre, inspecteur. Mais le seul fait de le préciser vous contredit. De toute manière, vous savez que ce n’est pas possible. Vous savez à qui vous avez à faire, et pour rester impartial, vous vous efforcez d’être plus agressif afin de contrer cette sympathie naturelle que vous avez à mon égard.
― Très belle analyse, grogna-t-il en serrant les dents. Mais en quoi cela est-il important?
― Je vous signale juste que je fais tout pour vous aider à rester impartial, inspecteur. En étant insupportable, je vous aide naturellement à perdre la sympathie que vous me portez et donc à rester objectif.
― Je vous en remercie, ironisa le policier en s’asseyant sur la chaise qu’il n’avait pas encore utilisée, près de la table.
―Vous voyez? Je suis loin de faire obstruction à votre enquête.
― Très bien, reprit-il après une longue inspiration. Alors, maintenant, que faisiez-vous là-bas, ce soir là?
― Ce n’est pas une question à laquelle je peux répondre par oui ou non, il me semble.
― Ça vous amuse, hein?
― Je trouve ça amusant, en effet. Surtout en constatant que vos réactions ne sont pas différentes de celles des journalistes.
― Je vous ferai coffrer.
― Allez-y, l’y encourageai-je. Mais vous ne pensez pas que fabriquer des preuves nuira à votre conscience professionnelle?
― Très bien. Alors au minimum, je trouverai ce qui s’est produit. Vu votre façon de répondre à mes questions, je gage que le fait de dévoiler toute cette histoire devrait vous nuire.
― Pas le moins du monde. Je trouve juste ça très drôle de vous voir tous essayer de découvrir ce qui s’est produit ce soir là, alors qu’il y a si peu à en dire!
― Vous préférez qu’une enquête soit en cours à votre sujet plutôt que de révéler ce que vous savez?
― Rien ne peut m’atteindre, expliquai-je en me levant. Pourquoi me priverai-je de vous voir courir dans tous les sens pour savoir ce qui s’est réellement passé? Le scandale a déjà été proclamé. Tout ce que je risque en vous aidant, ce n’est pas la prison, c’est la convoitise de la presse à scandales. Et quand je dis que je risque sa convoitise, j’entends par ici la perdre. Continuez à chercher, inspecteur, poursuivis-je en me dirigeant vers la porte. J’étais sur les lieux, certes, mais pour une raison qui vous échappe, je ne suis pas en mesure de vous aider. En comprenant cette raison, m’est avis que vous résoudrez cette affaire.
Kiosque – Interview
― Non, non et non. Vous vous méprenez à mon sujet, déclarai-je d’une voix ferme.
― Comment pouvez-vous réfuter de telles preuves ? répliqua le journaliste, piqué au vif.
― Mais ce n’est pas le cas, répondis-je froidement. Les preuves sont tout à fait réelles et consistantes. Je réfute ce qui en découle à vos yeux. Les preuves sont assurément là, mais pas les faits.
― Il faut bien que ces preuves soient les preuves de quelque chose, s’exaspéra le journaliste en levant les yeux au ciel. Laissez-moi vous donner un exemple : vous rentrez du travail, un beau soir, et la gamelle de votre chien est vide.
― Je n’ai pas de chien. Votre exemple n’est pas le moins du monde pertinent.
―Faites comme si, balaya-t-il d’un revers de main. Donc la gamelle est vide. Vous en déduisez alors que votre chien a mangé la totalité de ce qui se trouvait dans la gamelle.
― Tout à fait, convins-je calmement en reposant mon verre de vin rouge sur la table basse. C’est ce que l’on peut en déduire. Mais ce n’est pas nécessairement la réalité. Laissez-moi vous donner un exemple à mon tour, monsieur Je-sais-tout. Voilà un autre échantillon de ce qui aurait pu se dérouler : un voleur s’introduit dans votre maison et renverse accidentellement la gamelle de votre chien. Pour camoufler les traces de son passage, il ramasse les croquettes, puis s’en va.
― Je remarquerais bien que le voleur est venu me dérober quelque chose, contra le journaliste en croisant les jambes, prenant une position plus confortable sur le fauteuil de velours noir.
― Mais vous penserez tout de même que c’est votre chien qui a mangé le contenu de la gamelle : vous n’irez pas chercher midi à quatorze heures ; pourtant, ce n’est pas ce qui se sera réellement déroulé. Vous comprenez ?
―Très belle image.
― C’est la vôtre, je vous rappelle. Maintenant, une variante : imaginez à présent qu’un brigand s’est introduit chez vous uniquement afin de vider la gamelle du chien, dans le but manifeste que vous pensiez que votre animal de compagnie avait faim. Iriez-vous enquêter ?
― Pourquoi ferait-il une chose pareille ?
― Il s’agit d’une image, lui rappelai-je d’un ton acide. Je veux juste vous démontrer que vos déductions sont infondées, et que vos soi disant preuves ne prouvent absolument rien.
― Si vous ne nous aidez pas à y voir plus clair, la presse conservera la déduction la plus logique, argumenta le journaliste en observant le futur mégot que j’allumais avec délectation. Je peux ? ajouta-t-il en sortant de sa poche son propre paquet de cigarettes.
―Bien sûr que non, soupirai-je d’un air de défi en laissant échapper volute de fumée nocive. Vous pensez pouvoir venir m’importuner confortablement au sein de ma propre demeure ? Quelle naïveté, repris-je en ricanant après une nouvelle bouffée.
―Alors pourquoi ne pas déjà m’avoir mis à la porte ? s’étonna-t-il sincèrement. Pourquoi m’avoir laissé entrer, obtenir cette entrevue si ma compagnie vous importune ?
― Votre compagnie ne m’importune pas du tout. Ce sont vos questions qui m’irritent et me poussent à restreindre votre confort.
― Qu’attendiez-vous d’une entrevue, dans ce cas ? s’esclaffa le journaliste en décroisant les jambes. Ma simple compagnie ?
― C’est possible, répliquai-je théâtralement en portant ma main à mon front. Voyez, ma vie sociale s’est effondrée comme un château de cartes depuis la publication en presse de ces clichés. Il n’y a rien de mal à désirer la compagnie des seuls paparazzi qui daignent encore me l’accorder.
― Quoi ? Qu’entends-je ? jubila-t-il en pressant le bouton poussoir de son stylo. Votre entourage vous délaisserait-il ?
― Non, ils sont tous partis en vacances, rétorquai-je, l’air de ne rien y comprendre. Et moi je reste ici dans le but de répondre à vos questions inutiles justes bonnes à alimenter le temps d’une journée le gosier gargantuesque de la presse à scandales.
― Je ne suis pas venu afin d’alimenter la presse à scandales, dénia-t-il en secouant vigoureusement la tête.
― Comme c’est intéressant, grinçai-je. Alors pourquoi avez-vous frappé à ma porte, envahi mon appartement, posé des question à tout va sur de prétendues preuves et de douteuses implications ?
― Je veux juste découvrir la vérité. Et faire justice à qui de droit.
― Regardez autour de vous ! m’emportai-je. La vérité est partout, elle est diffusée à tout va sur la presse écrite, radiophonique et télévisée ! Elle brille de mille feux ! C’est cette fumée inconsistante que la multitude sanguinolente des gens « normaux » désire voir, désire s’approprier. Ils se complaisent dans ce tissu de « vérités », se complaisent à contempler des mirages de vies qui ne leur appartiennent pas !
―Cette conversation s’envole bien loin de la raison pour laquelle j’ai sonné à votre porte.
― Ces gens-là essaient de combler le vide de leur existence en crachant sur celle des hommes et des femmes qui ont réussi, poursuivis-je en regagnant mon sang-froid, ignorant superbement sa remarque. La célébrité est loin de faire le bonheur, si vous voulez mon avis. Et que pourriez-vous bien vouloir d’autre, d’ailleurs ?
― Je… débuta-t-il.
― Vous, vous, vous, le coupai-je sèchement. Nous sommes dans cette pièce afin de parler de moi, je me trompe ? Mais vous attisez ma curiosité. J’en ai assez de parler de moi-même comme s’il s’agissait d’une autre personne : laissez-moi vous poser une question, je vous prie. Inversons les rôles le temps d’une courte parenthèse. Pourquoi auriez-vous le droit d’avoir une vie privée et pas moi ? articulai-je soigneusement en me penchant en avant, comme si j’avais réellement pris sa place.
― A cause de votre célébrité, éluda-t-il avec un mouvement d’épaules évasif. Je suppose que cette raison est suffisante : lorsqu’une personne suscite l’intérêt, elle doit accepter cet intérêt et se dévoiler au risque qu’il se détourne au profit de quelqu’un d’autre. Si vous perdez cet intérêt que l’on vous porte, vous perdez tout ; ainsi devez-vous vous soumettre à ses plus répugnants désirs.
― On punit les gens de leur réussite ? répliquai-je en déposant mon mégot dans le cendrier. Quel monde est-ce là ?
― Je ne suis pas ici pour débattre de l’injustice de nos vies respectives.
― Décidément, vous n’êtes pas ici pour grand chose.
―Pourrions-nous nous intéresser à notre affaire ?
― Je crains que non.
― Très bien, reprit-il en plaquant les clichés accusateurs contre la table basse. Pouvez-vous me dire ce que vous faisiez là ?
― Je viens de vous dire que non, éructai-je en lui intiment de se rasseoir. Je n’ai pas envie de débattre de ces événements.
― Et moi si, s’entêta-t-il en se laissant retomber dans le fauteuil.
―Nous tenons dans nos mains un terrible dilemme social, constatai-je en ouvrant de grands yeux.
― Vous pourriez le résoudre en répondant à mes questions.
― Ou en y répondant pas, ce qui satisferait l’autre parti. Je propose d’y réponde à moitié, afin de satisfaire tout le monde. A moitié.
― Je suppose que je devrais m’en contenter…
― Peut-être.
― Alors que faisiez vous là-bas ? répéta-t-il d’un ton exaspéré.
― Je n’y pêchais pas la truite, répondis-je sur le ton de la conversation. Je n’y faisais pas non-plus mes courses. Pas plus que j’y faisais mon jogging.
― Vous trichez : ceci n’est pas une demi-réponse. Ce n’est même pas une réponse à ma question. Je vous ai demandé ce que vous faisiez là, pas ce que vous n’y faisiez pas.
― Vous avez raison, admis-je en me grattant le menton. Alors voilà une réponse qui vous plaira sans doute. J’y respirais.
― Mais encore ? soupira-t-il en levant une nouvelle fois les yeux au ciel.
― J’y pensais, j’y clignais des yeux, j’y mâchais mon chewing-gum.
― Mais qu’y faisiez-vous d’important ?
― Respirer ne vous semble pas assez important ? Si je ne l’avais pas fait, je serais sans doute mort, à l’heure qu’il est. Quant à cligner des yeux…
― Très-bien, se résigna-t-il devant mon sourire amusé. Alors passons. A quoi pensiez-vous ?
― Cela dépend de l’instant où on considère la question. A un moment précis, j’ai pensé que mon chewing-gum était trop raide, il me faisait mal à la mâchoire. J’ai alors envisagé de le jeter dans la poubelle la plus proche. Je dois aussi avouer qu’une pensée plus sordide m’a traversé l’esprit.
― Quelle est-elle ?
― J’ai bien failli le jeter à terre.
― Vous pensiez à ceci lorsqu’on a pris ces photos ?
― Comment pourrais-je le savoir ? Elles ont été prises à mon insu. Théoriquement, je ne sais pas à quel moment ces clichés ont été capturés.
― Alors regardez bien et tâchez de resituer ces instantanés dans le contexte de votre mémoire.
― Ceci n’est pas une question, rétorquai-je en entrecroisant les bras sur ma poitrine. Ainsi me garderai-je d’y répondre.
― Ce petit jeu vous amuse, n’est-ce pas ?
― Je dois avouer que j’y prends un certain plaisir, admis-je en dessinant au dessus de ma tête le contour d’une auréole à l’aide d’un indexe. Pas vous ?
― Pas vraiment.
― Ceci ne pimente pas votre travail ? Vous devez croiser tous les jours des célébrités éplorées, des jet-setters complètement ivres et autres chanteurs drogués qui s’empressent de vous donner de la matière sans même vous laisser lever le petit doigt. Tout chasseur qui se respecte prend plaisir à chasser car les animaux fuient devant lui, et ne se jettent pas sur son fusil pour s’y empaler avant qu’il tire. Je suis de ce gibier qui ne s’attrape pas facilement. Je devrais représenter un défi, un rare plaisir !
― Alors quel est le secret pour vous attraper ? questionna-t-il d’un air implorant.
― Quel piètre chasseur vous faîtes. Avez-vous déjà chassé ?
― Pas que je me souvienne, non.
― C’est bien dommage. C’est un sport exaltant. La pèche est bien moins excitante ; c’est une activité qui réclame beaucoup de patience, vous savez. Le pire, ce sont ces vers répugnants que l’on est forcés d’empaler sur l’hameçon. Croyez-moi, la chasse se révèle bien souvent plus palpitante.
― Et pourquoi me dites-vous ceci ?
― J’ai pensé que ça pourrait vous intéresser, expliquai-je en haussant les épaules. Mais après tout, vous pouvez toujours regarder ces émissions qui débattent de ce sujet à la télévision. Bien souvent, elles passent à des heures indues. Je me suis toujours demandé pourquoi les grandes chaînes leurs réservait des créneaux horaires au milieu de la nuit. Qu’il est inconvenant pour un chasseur de regarder un programme qui passe à deux heures du matin alors qu’il doit se réveiller trois heures plus tard pour aller chasser !
― Pouvez-vous m’expliquer en quoi ceci est supposé être en lien avec l’affaire qui nous intéresse ?
― Pas le moins du monde. Les conversations sont souvent volatiles, repris-je après une inspiration exagérée. Elles passent d’un sujet à l’autre sans qu’on se rende pleinement compte qu’elle s’oriente dans une direction différente. Tenez, il y a une semaine, par exemple…
― Vous avez gagné, m’interrompit-il en se levant. Je m’en vais. Vous êtes heureux ?
― Attendez ! J’étais sur le point de vous révéler ce qu’il s’est déroulé la semaine dernière, au moment où on a pris ces photos…
― Enfin ! exulta-t-il en s’assaillant de nouveau. Allez-y.
― Désolé, mais votre attitude cavalière m’en a dissuadé. Je n’ai plus très envie de vous en parler, à présent.
― Vous êtes un pervers. Un sadique. C’en est trop, ajouta-t-il en bondissant de son fauteuil et en attrapant sa veste sur le porte-manteau. Je vous laisse seul, puisque c’est ce que vous redoutiez.
― C’était un plaisir, répondis-je courtoisement en le regardant claquer la porte derrière lui. Un véritable plaisir.
Je saisis les clichés qui trainaient encore sur la table et les contemplai.
― Quel scandale, commentai-je rêveusement. Je me demande quelle magnifique invention je vais pouvoir trouver en kiosque demain matin…
