De la pénombre dans la lumière : le réel n'est qu'une fiction que l'on vit!

Dédicaces

Il était là

Il était là.
J’étais assis par terre, étreignant mes genoux de mes bras dans l’air frais de la nuit. Autour, aucun bruit ne venait perturber le silence. Aucun grillon, aucune voiture sur une route lointaine. Aucun rire, aucun dialogue n’éclatait dans la pénombre.
Frissonnant, je reposai mes mains dans le sable humide et froid, levant le nez vers les étoiles.
Il était là.
Le ciel était envoûtant. Je n’avais encore jamais eu l’occasion d’observer un tel spectacle. Jamais je ne m’étais à ce point écarté des villes et de leur nuisance lumineuse. Sans problème, je pouvais déterminer les limites de notre belle voie lactée. Jamais ces mots n’avaient eu de sens pour moi. Jamais. Jusqu’à présent.
Une expiration, lente, calme.
Une expiration pour me rappeler que je n’étais pas complètement seul. Une expiration pour me rappeler que je n’étais pas obligé de regarder les étoiles à outrance. Une expiration pour me rappeler …
… Qu’il était là.
Le vent eut vite fait de balayer son souffle, de balayer sa présence, lourde, gênante. De balayer la mienne.
Saisi d’un nouveau frisson, je me recroquevillai sur moi-même.
Je luttais. Je ne luttais pas uniquement contre le froid. Je luttais surtout contre ce sentiment étrange, inconnu, cette bouffée de bonheur qui me faisait tressaillir jusqu’au fond de mon être. Cette bouffée qui n’aurait jamais dû me parvenir, qui n’aurait jamais dû me mettre dans un tel état. Ce bonheur de savoir…
… Qu’il était là.
Soudain, une étoile filante. Juste le temps d’une seconde, juste le temps de me retenir de cligner des yeux. Et soudain… … Elle avait disparu.
– Tu as vu?
Et l’instant suivant, je ne savais plus. Je ne savais plus qui venait de parler. Était-ce moi, emporté par l’excitation de voir pour la première fois une étoile tomber? Était-ce lui? Je ne le savais plus. Mon cerveau avait peur de me révéler ce que je ne voulais pas savoir.
Toutes ces pensées, toutes ces observations, avaient trop vite fait de me le remettre en mémoire.
Il était là.
Un coup de vent envoya du sable fouetter mon visage. Soudain, la mer si calme et silencieuse parut revenir à la vie. Des vagues affluèrent dans la pénombre, me laissant percevoir leur son apaisant. Venaient elles d’apparaître, où m’en étais-je seulement rendu compte?
Une deuxième bourrasque vint me fouetter de sa fraîcheur glacée. Et tout à coup…
Et tout à coup il était là.
Non, plus au même endroit. Il s’était décalé, était venu s’asseoir juste à ma droite.
– Je n’ai plus envie de mentir.
Une fois encore, je tressaillis. Je ne m’étais pas attendu à ce que quelqu’un prenne la parole. Mais était-ce seulement lui? Ne venais-je pas simplement de dire tout haut ce que ma tête et mon coeur criaient depuis que je m’étais assis sur le sable sans chaleur de cette plage? Je ne le savais plus. Qui parlait, cela revenait au même, après tout. Les mots qui avaient besoin d’être dits étaient dits.
Cessant tout à coup d’avoir peur, je me blottis contre lui. Qu’avais-je à craindre, que pouvait-il m’arriver?
Après tout, il était là.
La chaleur de son corps me fit l’effet d’un choc électrique. Comme si je m’étais attendu à ce qu’il soit aussi froid que le vent. Comme si je m’étais attendu à m’appuyer contre une statue de sable. Comme si je craignais qu’il s’évapore, qu’il parte en fumée juste devant mes yeux.
Un bras passa au dessus de mes épaules et vint me frotter vigoureusement le bras.
– Rentrons, tu vas prendre froid.
Cette fois, je savais qui avait parlé. Il avait dit ceci, et je savais quoi répondre.
– Pas encore.
La main se détacha de mon bras et vint parcourir mes cheveux.
Dans le ciel, une nouvelle étoile tomba. Mais ça n’avait aucune importance. Plus rien n’avait la moindre importance.
Tout bêtement… parce qu’il était là.

Pour Rasmus.


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