Autopsy
Film réalisé par Jérôme Anger, avec Claude Perron , Thierry Neuvic ,Sara Martins , Stéphane Freiss.
Rico est Capitaine dans la police, il vit une vie rangée avec sa femme et son fils, néanmoins plongé dans la violence de son travail quotidien. Lorsque que sa légiste — et mentor — fait un accident cérébral, elle est remplacée par Emmanuel Rivière, dont il tombe éperdument amoureux au premier regard et qui va littéralement bouleverser l’enquête.
Un film français, très bien inspiré et interprété à mon goût, entre polar et drame, qui fait penser à Brockeback Mountain par certains aspects. Il se fonde en effet, selon moi, sur l’analyse d’un problème similaire: la notion de virilité, l’acceptation de ses attirances, ainsi que l’incompréhension mutuelle et individuelle qui mène à l’écartèlement des familles, d’une façon indéniablement peu naturelle.
Je m’épandrai librement lors d’une ellipse que je ne peux m’empêcher d’écrire, pour faire durer un moment que j’ai trouvé bien trop court pour être même saisi partiellement.
La fin, délicieusement surprenante car elle brise littéralement l’idée que l’on s’en fait, me laisse sur ma faim — jeu de mots certes honteux mais néanmoins approprié dans notre cas. De multiples interprétations possibles, de multiples pistes qui donnent envie au spectateur de voir le film une deuxième fois juste pour voir s’il comprend mieux. Ceci n’est que mon avis personnel, évidemment, je ne prétends pas savoir si la situation vous paraîtrait personnellement limpide. Si d’aventure vous l’avez vu et que c’est le cas, je vous en prie, commentez cet article et expliquez-moi votre vision des choses.
Je lui attribue donc 5 Hugh Laurie sur 5 en toute connaissance de la ressemblance de l’acteur principal, Stéphane Freiss, avec lui.
Les Artefacts du Pouvoir–Maggie Furey
Aurian est une Mage dans un monde de Mortels. Le lent déclin de la race n’en laisse que très peu, et c’est lorsque l’Archimage Miathan décide d’exploiter son potentiel à son propre avantage que sa vie bascule. Elle va alors se lancer à la recherche d’armes capables de vaincre son ancien mentor et devra pour cela traverser montagnes, déserts et océans, allant de rencontre en rencontre – bonne ou mauvaise.
Maggie Furey nous offre un monde très riche et une histoire pleine de rebondissements, à la fois épique et psychologique, romantique et réaliste. Elle n’hésite pas à retourner contre lui les a prioris du lecteur et à le surprendre.
Seul bémol: des personnages très nombreux, et de ce fait une moins bonne différenciation des caractères de ceux-ci à mon goût, surtout concernant les personnages féminins. Il est difficile de cerner les différences, trop subtiles, entre leurs états d’âme.
Pour le reste, j’ai été littéralement scotché du début à la fin. L’une des séries à rajouter dans mon panthéon de la fantasy!
Tango Miroir
« Tu sais papa,c’est ça qu’ est formidable, je suis pas obligé de choisir »
À propos du film « L’homme de sa vie »
de Philippe Godeau (2007)
Ce film est doublement frappant. D’une part parce qu’il est l’occasion d’une magnifique réflexion sur la vie et les normes, mais aussi car il sait illustrer d’une façon lyrique et imagée les thèses les plus abstraites qu’il avance, par la mise en scène et les dialogues.
Mais je ne suis pas là pour vous en faire le synopsis que vous trouverez, j’en suis certain, sur Internet. De toutes les scènes qui m’ont frappées, une en particulier a retenu mon attention. De la discussion sur la vie et l’amour qui est parsemée tout au long du film, une partie est particulièrement fluide et est illustrée à merveille.
C’est lorsqu’Hugo, personnage homosexuel, explique à son interlocuteur comment il a été mis à la porte par son père homophobe. Bien sûr, son discours est chargé de l’amertume de celui qui n’a jamais réussi à pardonner son père. Jusqu’à ce qu’il prononce cette phrase: « Tu sais, Papa, c’est ça qu’est formidable, je suis pas obligé de choisir. » S’en suit une interlude, que je surnomme le « tango miroir », n’ayant pas trouvé de meilleure façon de l’exprimer.
Un peu plus tôt dans le film, les deux personnages observent un tango lors d’une fête de mariage. Tous les convives s’effacent et la suite de la conversation se poursuit alors que les deux danseurs sont figés dans le temps, les deux interlocuteurs parlant de chaque côté du couple, essayant de démontrer par ce qu’ils voient, un peu comme sur une photo, leur thèse respective à propos de l’amour.
Le Tango Miroir intervient un peu plus tard, après l’explication d’Hugo, pour illustrer la phrase que je viens à peine de citer. Il s’agit de deux hommes qui dansent sur cette même piste, sur un tango au rythme langoureux. Si on observe les pas, ils ne sont pas symétriques, mais le meneur change en permanence, les rôles se confondent. C’est à la fois similaire au Tango et complètement différent. Les mouvements employés sont certes les mêmes, mais l’esprit est tout autre. Il s’agit d’une sorte de fusion, de symbiose entre les deux partenaires. Les deux danseurs sont parfaitement indifférenciés.
En clair : les rôles sont redistribués, de façon symétrique, sans pour autant les faire disparaître. Et c’est ceci qui s’adapte à la vie amoureuse. Bien que le même esprit puisse être reproduit chez un couple hétérosexuel, la tradition, les mœurs, les normes veulent une hiérarchisation des rôles. Il n’y a pas de tradition homosexuelle, et c’est cela que montre Godeau. Les homos ont tendance à être plus libres de leur mode de vie car ils ne ressentent pas la pression d’une tradition quelconque.
La danse, au final, semble plus spontanée, plus harmonieuse.
Mais peut-elle continuer longtemps sans règles à suivre ?
La Proie de la Magie–éditions Milady
Vous ne rêvez pas. C’est bien ce qui m’a intrigué, dès le tout début. Ce roman de Mercedes Lackey, qui s’inscrit dans le célèbre cycle des Hérauts de Valdemar, possède – chez Milady – une couverture bien ambiguë. Il aura fallu attendre les vacances pour que je trouve le temps de le lire enfin.
Pour ce que j’ai lu jusqu’à présent, jamais je n’avais rencontré une romance de ce type dans un roman fantastique. Alors que j’avais difficilement accroché sur “Les Flèches de la Reine”, un autre roman du cycle, ce livre m’a impressionné et je le lis sans aucune réticence. Le fait d’avoir inséré un amour “shaya’chern”, comme l’exprime l’auteur, qui occupe le premier plan de l’intrigue renouvèle agréablement le genre.
Nous avons ici une sorte de version gay de Twilight, à quelques différences: la situation temporelle n’est pas contemporaine, il s’agit bien d’heroic fantasy. L’auteur, comme on peut le comprendre, n’était ni mormone, ni extrémiste (sinon, elle n’aurait jamais imaginé l’amour du jeune Vanyel et de son ami – et plus – Tylendel). Ses personnages sont humains, et ils se calquent parfaitement (bien que l’époque moyenâgeuse pût réclamer des mœurs dignes de Twilight) sur des caractères contemporains. De plus, je me complais à croire que ce mélange – inhabituel et donc imprévisible – relève le manque de suspense de Twilight.
En un mot, Mercedes Lackey a su incorporer aux Hérauts de Valdemar une situation qui ressemble fort à ce que l’on pourrait trouver au coin de la rue. La première moitié du roman est presque entièrement consacrée à cette romance, et à ses répercutions parfois un peu trop proches (malheureusement) de la réalité. L’ambiance pour le moins inhabituelle que lui a conférée l’auteur, celle de son cycle phare, sait dépayser le lecteur.
Mon commentaire à présent, mises à part toutes questions de forme, de style ou même de fond. Ce livre, destiné au grand public, marque le début de la… fin du tabou. Ce livre, au delà de son intrigue fantastique et de son intrigue amoureuse, a introduit ce thème dans un domaine ou il était interdit, voire prohibé. Savoir traiter le sujet sans le mettre à part le rend moins anormal.
Alors pour ma part, je tirerais ma révérence l’honneur de cette prouesse, en adressant à M. Lackey un grand merci. Ce roman et ses successeurs, dans la lignée de Brokeback Mountain par leur caractère grand-public, sont autant de coups portés dans la lutte contre l’homophobie.
Pour ma part, j’aime beaucoup!
La suite:
