De la pénombre dans la lumière : le réel n'est qu'une fiction que l'on vit!

Maisel 5117 – Victoire de ma Némésis

Alors j’ai disparu. J’ai disparu et ça ne suffit pas.

J’ai perdu ma plume, il y a un an, en mettant pour la première fois mes pieds dans ce local… Et j’en ai perdu bien plus encore lorsque je l’ai foulé pour la dernière fois.

J’ai perdu ma plume, et j’ai perdu mes repères. Je vis ma vie, un pied devant l’autre, et encore une fois. L’éternelle répétition d’une routine pour laquelle je ne vois pas d’issue. Une fois de plus je m’enlise. J’ai perdu ma plume, et j’ai perdu ma force. Hämärää n’est plus. La fleur s’est fanée, le marais me happe de nouveau.

J’oscille dangereusement entre un jeune homme dynamique un jour et un quinquagénaire amorphe le lendemain. Mais même à présent, à l’heure même où j’écris ces lignes, je rechute encore. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Ma routine n’a pas changé depuis sa victoire, ma chère Némésis continue à me faire une piqûre de rappel de temps à autres pour m’entraîner dans sa déchéance, mes perspectives d’avenir se font de plus en plus lointaines, et aucun événement futur ne se révèle digne de mon intérêt. Je vois chaque jour passer comme le précédent, enfermé dans une cage dorée, attendant mon heure, celle d’un changement que je sais trop lointain.

Avant, lorsque ma vie devenait routinière et n’avait pas grand intérêt à mes yeux, je lui en créais un, sur mesure. Je me découvrais une passion passagère, souvent périodique. L’une de ces passions, la plus récurrente… l’écriture.

Mais j’ai perdu ma plume.

Avant, lorsque ma réalité m’ennuyait, je m’évadais dans un monde différent. Peu importe lequel. Je le créais pas à pas pour qu’il me convienne ; je le consignais au fur et à mesure sur le papier virtuel de mon écran, jusqu’à ce que la vie autour de moi reprenne son souffle et ses couleurs. Mais aujourd’hui, au moment où j’en ai le plus besoin, mon imagination me fuit, bloquant toute issue. La couleur s’échappe par petites quantités, diffuses, et je l’épuise dès qu’elle se régénère un peu. La vie se déroule dans un sépia ininterrompu, jamais intense mais jamais au repos. Chaque semaine ressemble à la précédente. Un examen le lundi, une semaine remplie de choses pour la plupart rigoureusement dépourvues d’intérêt, une période de révisions pour l’examen de la semaine suivante, et c’est déjà lundi à nouveau.

Je n’ai plus d’envie. A part peut-être les plus primaires.

J’ai perdu ma plume, et j’ai perdu mes envies ; celle d’écrire, celle de lire, celle de créer, celle d’apprendre, ces rêves qui jamais auparavant ne m’avaient quitté.

J’ai perdu ma plume, et je me suis perdu.

Alors je danse. Je danse et ça ne suffit pas.

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