De la pénombre dans la lumière : le réel n'est qu'une fiction que l'on vit!

Bienvenue dans la pénombre d'Hämärää!

Hämärää, en finnois, (une langue que j'apprécie particulièrement) signifie "Pénombre". Valoissa, "Dans la lumière". Ce titre, je l'affectionne particulièrement pour sa signification: on trouve souvent des choses là où on les attend le moins, comme de la pénombre au plein coeur de la lumière. Ce titre n'est pas le témoin d'une tendance suicidaire, ni d'une vision négative de la vie dans toute sa généralité. Non, ce blog ne sera pas rédigé dans cet état d'esprit. J'ai pour but de vous emmener, le temps d'un texte, autre part. Un endroit que l'on ne s'attendra pas à atteindre sur une page web. Un endroit qui s'éveillera dans la pénombre de votre lumière, dans la part de votre vie réservée à l'imagination, la partie de votre réalité qui n'est que fiction. Je vous souhaite une bonne lecture!

Dernière version

Oz – Quinze

Crédits Photo: Electralusion.com

Quinze…

Alistair s’éveilla en sursaut. Haletant, il se redressa sur son lit à baldaquins et scruta la vaste chambre, ne sachant pas où fixer son regard. La pièce lui sembla alors bien trop grande, comme si les murs s’étaient subitement éloignés pour lui faire ressentir le vide qui y régnait.

Jamais il ne s’était senti aussi seul.

Même si la lumière limpide de la lune inondait la pièce, il s’approcha de la table de chevet et saisit le chandelier qui y reposait, ainsi que le briquet à amadou qu’il tenait de son père. Il alluma la chandelle, et immédiatement, une chaude lueur éclaira les recoins sombres de la chambre.

Alistair n’avait jamais eu peur du noir ― du moins pas vraiment ― mais le sentiment de malaise dans lequel il s’était éveillé l’y contraignait cette fois.

Il se dégagea des couvertures et se frotta les yeux.

De quoi avait-il rêvé, au juste ?

Il enfila à la hâte ses chaussons et traversa le vide qui le séparait du porte-manteaux auquel pendait sa robe de chambre. Il la passa rapidement et revint sur ses pas pour s’emparer du chandelier, toujours posé sur la table de chevet. Prenant garde à ne pas faire de bruit, il ouvrit la porte et la referma dans son dos. Il ne savait pas précisément pourquoi il sortait de sa chambre. Peut-être la fuyait-il, elle et le néant qui l’habitait, ou peut-être avait-il juste besoin de se débarrasser de ce malaise en marchant quelque peu. Il avança dans le long couloir tapissé de rouge, évitant soigneusement les ailes habitées du manoir pour s’orienter vers les quartiers d’été des domestiques. Il ne tenait pas à ce qu’on le surprenne à déambuler la nuit dans l’immense bâtiment pour échapper à un cauchemar.

Les quartiers d’été des domestiques étaient bien sûr plus modestes que les quartiers des maîtres de Maison, et leur éloignement du reste du manoir les rendait difficiles à chauffer lorsque venait l’hiver. C’est pourquoi les lieux étaient déserts, mais aussi bien plus froids. Alistair frissonna au contact de l’air frais mais poursuivit néanmoins sa marche. Alors qu’il observait, pensif, le halo que projetait autour de lui les flammes du chandelier, il aperçut une lueur vacillante au loin. Comme pris de panique, il souffla immédiatement ses chandelles et s’aplatit contre le mur.

La lumière provenait de la salle à manger des domestiques, et en tendant l’oreille, il put distinguer des murmures en provenant.

Doucement, il approcha en longeant le mur. Fort heureusement, l’angle du couloir ne permettait pas à quiconque de l’apercevoir. Cependant, lui non plus ne pouvait voir de qui il s’agissait sans se dévoiler.

― … ne pouvons raisonnablement pas invoquer l’Emeraude ici, fit une voix masculine qu’Alistair ne connaissait pas. Pas avant d’avoir atteint Quatorze. Ce serait une menace pour toute la maisonnée !

― Ce n’est pas une question de compte ! chuchota une voix féminine imprégnée d’exaspération. Nous ne pouvons attendre d’être à Quatorze. Le temps que ça arrive, l’horreur se sera abattue sur ce lieu !

Alistair fronça les sourcils. Il reconnaissait cette voix, mais était incapable de mettre un nom dessus. C’était une voix qu’il avait entendue occasionnellement. Il en était certain. Peu importe son identité pour l’instant. De quoi-parlent-ils ? Tout ce qu’il pouvait affirmer avec certitude, c’est que ça avait l’air grave. Une troisième voix fit son apparition, en même temps qu’une deuxième, mais il ne parvint pas à comprendre ce que l’un ou l’autre avait dit.

― Vous savez tout comme moi que Treize sera bien pire, reprit la troisième voix, qu’il ne connaissait pas non plus. Ne gâchons pas nos munitions alors que nous n’en avons pas encore besoin.

― Nous n’en avons pas encore besoin ? s’indigna la voix féminine avant de baisser d’un ton, comprenant qu’elle avait parlé trop fort. Combien faudra-t-il de morts avant que vous vous décidiez à réagir ?

De morts ?

― Nous avons dépassé Quinze, certes, mais rien ne dit quand Quatorze frappera. Et encore moins Treize. Ayons encore cette patience, conseilla la première voix. Inutile de paniquer lorsque Quinze n’a encore eu aucune conséquence…

Alistair sursauta lorsqu’un cri terrifiant résonna à l’extérieur du manoir, étouffé par les épaisses cloisons. S’il était humain, ça, Alistair n’en aurait pas mis sa main à couper.

― Ah ? grinça la première voix lorsqu’il se fut éteint. Vous en êtes certain ?

― Ce n’est pas le moment d’être cynique, la réprimanda le troisième. Sortons voir immédiatement !

Alistair était certain que les trois personnes allaient le surprendre à les espionner s’il restait là. Son sang ne fit qu’un tour. Il prit ses jambes à son cou et détala dans le couloir.

Une fois revenu dans l’aile des Maîtres, il s’autorisa à ralentir, et souffla lourdement.

Ce n’est pas passé loin ! La prochaine fois, il me faudra un plan de secours.

Il se dirigea vers sa chambre, jugeant que le moment était venu de faire profil bas. Ce qu’il avait entendu n’était probablement pas destiné à ses oreilles, et il n’avait aucune envie de découvrir à ses dépends quelles étaient les intentions des trois comploteurs nocturnes. Il se glissa donc dans sa chambre, déposa le chandelier éteint sur la table de chevet et enleva sa robe de chambre. Il allait se glisser dans son lit, encore tremblant, lorsqu’il aperçut un mouvement furtif à la fenêtre. Inquiet, il fit le tour de son lit et s’approcha des carreaux de verre. Au début, il ne vit que l’obscurité le jardin éclairé faiblement par la Lune. Puis il distingua une forme noire en mouvement entre les lauriers recouverts de neige. Il n’arriva pas à voir de quoi il s’agissait, mais c’était trop gros pour être une personne ou un animal domestique. Un frisson parcourut son échine alors que la chose s’enfonçait dans l’obscurité.

Quinze…


Maisel 5117 – À Mauvais Entendeur

Je ne veux pas de tes regrets. Je ne veux pas de ta considération, de ton « estime », si « minime » soit-elle. Je ne veux même pas de tes excuses.

 

Garde tes explications. Garde tes insultes.

 

« Je sépare le personnel de l’associatif. Un jour, j’espère que tu comprendras et que tu viendras me parler, et qu’on ne perdra pas contact »

 

Désolé, mon chou, mais je ne vois pas comment tu pouvais plus me manquer de respect qu’en me disant ça. On en revient toujours à la même rengaine, n’est-ce pas ? « C’est pas contre toi ».

 

Tu apprendras, mon lapin, que c’est précisément ce qu’il ne fallait surtout pas me dire. Surtout pour ajouter dans ta phrase que j’étais « sournois » d’avoir rompu contact et qu’il y a trois mois, tu avais encore « un minimum » d’estime pour moi.

 

Soit c’est une boutade pas très drôle, soit c’est une insulte, soit c’est très maladroit.

 

Je pense personnellement que c’est un peu des deux derniers. Mais quoi que ce soit, je ne veux surtout pas de ton estime. On a bien vu ce que tu en as fait lorsque tu en « avais encore un minimum ». Je ne veux même pas rester en contact. Je pensais que c’était évident.

 

Je t’ai ouvert une fenêtre sur ma vie. Tu as passé ton bras à travers, tu as saisi quelque chose, et tu as serré jusqu’à ce que ça fasse « couic ». C’était bien trop facile. Maintenant que je l’ai fermée, comment veux-tu que je l’ouvre à nouveau ? Penses-tu que je suis assez stupide pour te faire confiance ? Visiblement, tu n’as toujours pas compris ce qui s’est passé, n’est-ce pas ?

 

Fais moi un plaisir, et ne m’adresse plus la parole, chéri. Fallait y penser avant de m’envoyer en dépression pendant un mois. Nous ne sommes plus des enfants, jouant avec des enjeux tellement superficiels qu’il est toujours facile de « faire la paix ». Et la meilleure chose que je puisse faire pour te le faire comprendre (je suis grand seigneur), c’est de ne plus t’adresser la parole. Tu n’es plus digne de ma confiance. Tu n’es plus digne de ma considération. Tu n’es même plus digne de ma sympathie. Assume.

 

Car je n’oublierai pas.

Maisel 5117 – Victoire de ma Némésis

Alors j’ai disparu. J’ai disparu et ça ne suffit pas.

J’ai perdu ma plume, il y a un an, en mettant pour la première fois mes pieds dans ce local… Et j’en ai perdu bien plus encore lorsque je l’ai foulé pour la dernière fois.

J’ai perdu ma plume, et j’ai perdu mes repères. Je vis ma vie, un pied devant l’autre, et encore une fois. L’éternelle répétition d’une routine pour laquelle je ne vois pas d’issue. Une fois de plus je m’enlise. J’ai perdu ma plume, et j’ai perdu ma force. Hämärää n’est plus. La fleur s’est fanée, le marais me happe de nouveau.

J’oscille dangereusement entre un jeune homme dynamique un jour et un quinquagénaire amorphe le lendemain. Mais même à présent, à l’heure même où j’écris ces lignes, je rechute encore. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ? Ma routine n’a pas changé depuis sa victoire, ma chère Némésis continue à me faire une piqûre de rappel de temps à autres pour m’entraîner dans sa déchéance, mes perspectives d’avenir se font de plus en plus lointaines, et aucun événement futur ne se révèle digne de mon intérêt. Je vois chaque jour passer comme le précédent, enfermé dans une cage dorée, attendant mon heure, celle d’un changement que je sais trop lointain.

Avant, lorsque ma vie devenait routinière et n’avait pas grand intérêt à mes yeux, je lui en créais un, sur mesure. Je me découvrais une passion passagère, souvent périodique. L’une de ces passions, la plus récurrente… l’écriture.

Mais j’ai perdu ma plume.

Avant, lorsque ma réalité m’ennuyait, je m’évadais dans un monde différent. Peu importe lequel. Je le créais pas à pas pour qu’il me convienne ; je le consignais au fur et à mesure sur le papier virtuel de mon écran, jusqu’à ce que la vie autour de moi reprenne son souffle et ses couleurs. Mais aujourd’hui, au moment où j’en ai le plus besoin, mon imagination me fuit, bloquant toute issue. La couleur s’échappe par petites quantités, diffuses, et je l’épuise dès qu’elle se régénère un peu. La vie se déroule dans un sépia ininterrompu, jamais intense mais jamais au repos. Chaque semaine ressemble à la précédente. Un examen le lundi, une semaine remplie de choses pour la plupart rigoureusement dépourvues d’intérêt, une période de révisions pour l’examen de la semaine suivante, et c’est déjà lundi à nouveau.

Je n’ai plus d’envie. A part peut-être les plus primaires.

J’ai perdu ma plume, et j’ai perdu mes envies ; celle d’écrire, celle de lire, celle de créer, celle d’apprendre, ces rêves qui jamais auparavant ne m’avaient quitté.

J’ai perdu ma plume, et je me suis perdu.

Alors je danse. Je danse et ça ne suffit pas.

MA&E – Heartbeat

 

 

Lorsqu’ Edwin arriva au Centre, il était déjà minuit passé. Judith était en train de fermer l’entrée principale lorsqu’il vint toquer contre le verre, ce qui la fit sursauter. Elle fit tourner la clé dans l’autre sens et ouvrit un battant.

Qu’est-ce que tu fais ici à une heure pareille ? Soupira-t-elle en tentant de dissimuler le sourire qui naissait à la commissure de ses lèvres.

Judith, fit-il d’un ton un peu trop sérieux pour être crédible, Il me faut la salle ce soir.

Qu’est-ce qu’il y a encore ? Tu sais très bien que je vais me faire tuer si je laisse accès aux salles en pleine nuit, qui plus est à quelqu’un qui ne fait même pas partie de la liste des employés du Centre…

Edwin fit la moue en baissant la tête, des yeux quémandeurs fixés sur la jeune femme.

― Edwin… prévint-elle.

― S’il te plaît…

Judith poussa un soupir d’un air contrarié et écarta le battant.

― Bon, entre. Mais si tu te fais chopper, dis que tu es rentré par effraction où un truc dans le genre.

Edwin releva la tête, un sourire recouvrant la moitié de son visage.

― Merci beaucoup.

― Je suis bien trop bonne avec toi, jeune homme.

― Tu es un amour.

― Et n’allume pas la lumière du couloir, c’est suspect. Tu seras gentil d’éviter de me faire perdre mon poste.

― Tu devrais venir danser, plutôt.

― C’est ça. Je danse avec la grâce d’un paresseux qui se serait pris la patte dans une porte de garage.

― Je finirai par te faire danser, ma grande, affirma Edwin d’un air convaincu. Tu ne le sais pas encore, mais je peux t’assurer que tu as ça dans le sang.

― Bien sûr. Bon, vas-y et n’oublie pas la lumière du couloir !

Edwin se pencha et l’embrassa sur la joue avec un bruit audible.

― T’inquiète pas.

Il s’éloigna en direction de la salle de danse, en lui adressant un dernier baiser à distance.

 

Edwin n’alluma pas la lumière du couloir et se dirigea vers le studio à tâtons. Une fois la porte refermée derrière lui, il alluma la lumière et chercha l’interrupteur des spots rouges et verts qui étaient installés au plafond. Il les alluma et éteignit les néons, plongeant la salle dans une douce obscurité qui conférait à l’espace des allures de salle de spectacle. S’asseyant en dehors de la zone éclairée, il enleva ses chaussures et sa veste, et enfila ses chaussures de danse. Il fouilla dans ses poches et en tira son lecteur MP3, qu’il connecta au Jack dans l’armoire-sono. Il choisit une liste de lecture intermédiaire, dont les chansons étaient choisies pour leur mélodie douce et leur rythme marqué.

Il s’échauffa rapidement, se laissant envahir par la musique. Puis il commença à danser, naturellement, se laissant porter par les notes et les vibrations des basses. Ses gestes étaient précis, calculés, mais d’une spontanéité qu’il n’avait pas réussi à reproduire depuis un bon moment. Inspiré, ses gestes se firent aériens et il se sentit presque décoller du sol. Il fit le vide dans son esprit et continua de plus belle.

Lorsqu’il venait au studio pour ses entraînements hebdomadaires, il était toujours encadré par un professeur et un groupe. Les chorégraphies étaient toujours prévues à l’avance, établies, immuables. Lorsqu’il s’y rendait le soir, tapant sur la bonne épaule de Judith, c’était différent. Personne n’était là pour lui imposer ses mouvements, pas même le voir à l’œuvre. Il laissait libre cours à sa créativité, laissait parler son corps sans texte pré-établi. Il laissait ses mouvements extérioriser tout ce qu’il ressentait, lorsque même les mots étaient insuffisants pour les exprimer.

Très vite, la fatigue de la nuit précédente le quitta, et il sentit à peine sa température interne augmenter, trop occupé à écouter ce que son cœur avait à lui dire.

La chanson arriva à son terme et il s’arrêta, un peu essoufflé. Jamais il n’était aussi en paix avec lui-même que lorsqu’il dansait, sans ligne directrice, l’esprit libre.

Le morceau suivant commença par des battements de cœur. Edwin sentit le sien se serrer à ce son, revivant la nuit de la veille en un instant. Ressentant ce cœur qui avait battu contre le sien, ressentant à nouveau une présence, intime, qui n’était pas dans la pièce. Les battements de cœur continuèrent et ils furent bientôt rejoints par un piano. Sortant de sa torpeur, Edwin se força à commencer à danser, troublé, et à la fois revigoré par cette chanson qu’il connaissait bien. Son propre rythme cardiaque sembla s’accélérer pour s’adapter au rythme du morceau, et il lui sembla que sa poitrine allait s’envoler. Le rythme fut bientôt complété par des percussions rythmées, venant modérer la douceur du début du morceau.

Il dansa, revivant la douceur et l’intensité d’évènements pourtant frais dans sa mémoire, mais qui paraissaient si lointains qu’il doutait de les avoir vraiment vécus. La musique ramena à lui des sensations qui semblaient absurdes s’il y posait des mots, et ses mouvements s’adaptèrent en conséquence, reproduisant ce qui lui semblait être le mieux décrit par une langueur intense. Il se laissa couler comme un fluide, pour se bloquer à chaque battement. Il ressentit presque la chaleur de lèvres dans son cou, presque la caresse de mains qui n’étaient pas les siennes. Il dansa, l’esprit pour une fois bien occupé. Il dansa, ses gestes, pourtant précis, semblant toujours insuffisants pour laisser ces sensations et ces émotions s’évaporer dans la salle. Il dansa sans limitations, à s’en froisser des muscles.

Le morceau s’acheva, et il s’écroula, essoufflé et suant, mais un sourire béat aux lèvres.

En tout hétérosexuel moyen sommeille un monstre de cruauté.

Ne soyez pas cruels sans le savoir : lisez ces quelques lignes.

Nous sommes face à un fléau contemporain : l’incompréhension totale de la population hétérosexuelle (même gay-friendly) d’une autre partie de la population, j’ai nommé la population homosexuelle.

Un fantasme hétérosexuel fort répandu veut que l’hétérosexuel moyen soit capable d’un seul regard de jauger de l’orientation sexuelle des personnes qui l’entourent. « Non, mais celui-ci, il est hétéro ».

  1. Pourquoi sauriez-vous mieux que moi (voire que lui) si tel ou tel est hétéro ou homo alors qu’on le connait autant l’un que l’autre ? (Peut-être vous, mesdames, vous rassure-t-il d’affirmer l’hétérosexualité de votre dernière cible. Il vous plait. Comment diable pourrait-il n’être en aucun cas intéressé par vous?)
  2. Un mec qui parle de filles avec ses potes n’est pas forcément hétéro. Tous les homos passent par là, ayant trop peur de se dévoiler, et les bis peuvent en effet parler de filles en étant sincères, sans pour autant ne porter aucun intérêt aux garçons. Merci de respecter l’existence des bis.
  3. Même si vous êtes effectivement certain que l’individu n’a même pas la moindre tendance bi-curieuse, rien ne vous empêche de le garder pour vous. Je m’explique : lorsqu’un homme plait à un homo, il y a plus de 9 chances sur 10 qu’il soit effectivement hétéro. L’homo moyen le sait bien, a part s’il est né sur gay-island (ce qui ne s’est encore jamais vu). Le mec, il a déjà les boules, vous voyez ? Pas la peine de lui enfoncer le nez dans sa propre merde, il est bien capable de le faire tout seul.

De plus, on dit que « l’espoir fait vivre ». Laissez le mec rêver un peu. Personnellement, je ne demande que ça. Briser une bulle qui nous permet de vivre, c’est juste cruel. C’est pour ça que depuis un moment, je refuse de parler à qui que ce soit des personnes qui me plaisent, de peur de me heurter à l’éternel et condescendant « non, mais laisse tomber, il est hétéro, c’est évident » (remarque qui arrive même si je ne révèle pas de qui il s’agit, lorsque l’autre commence à énumérer les possibilités en liant à chacune cette remarque prévenante et amicale. Heu, c’est quoi, ça, sinon me tendre une corde pour que j’aille me pendre… ?). Les homos ne passent pas leur temps à vous assurer que tel ou tel est homo parce que l’idée leur plait. Soyez un peu fair-play, et laissez-nous tranquilles, quitte à garder pour vous l’idée que vous aimeriez projeter sur les gens. Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent, que vous les pensiez hétéros, bis, homos ou asexuels.

Autre chose, le semblant d’empathie/de pitié « ça doit être dur d’être homo »… Gardez-le aussi.

  1. ça donne l’impression que vous nous narguez, c’est pas méga-sympa.
  2. Oui, en effet, c’est dur d’être homo, surtout quand une bande d’hétéros pas si gay-friendly viennent réduire vos minces espoirs à néant avec un discours démotivant et souvent infondé.

Dernière chose : les conseils en mode « tu devrais faire ça, je vois pas pourquoi tu l’as pas déjà fait » ou encore « vas vivre avec des homos, comme ça tu trouveras quelqu’un ».

  1. Bah voilà la solution ! Déménager à gay-island. Merci du tuyau.
  2. C’est pas parce qu’on voit des gays plus souvent qu’il ne nous arrivera pas d’être attirés par des gens dont on ignore l’orientation sexuelle. Aller vivre à gay Island pour travailler et se construire un cercle social dans le monde réel, bah au final on est pas isolés des hétérosexuels attirants.
  3. Mesdames, avouez que ça vous rassure de savoir qu’il n’y a de gays que dans les milieux réputés pour l’être (d’ailleurs, vous envoyez ceux de votre connaissance vers ces milieux, ce doit être une preuve que vous essayez de vous en débarrasser) , comme ça, dans les lieux que vous fréquentez, ils sont tous pour vous, et vous pouvez faire une croix sur cette concurrence impromptue.

Donc pour conclure, je dirais une seule chose. Laissez-moi tranquille, un peu, et je pense qu’il serait avisé d’en faire de même avec le reste de votre entourage LGBT. Petite chanson de Manau qui devrait vous faire réfléchir :

On peut tous rêver, Manau

Chambre 3159 – Cinq Mètres.

J’ai couru et me suis essoufflé ; jusqu’au point de côté qui me tiraille sans interruption. J’ai besoin de m’évader, mais je ne peux pas, trop de personnes comptent sur moi. Un poids trop lourd pèse sur mes épaules et me pousse à m’affaisser, de plus en plus, invariablement. Ce n’est pas le moment de s’arrêter, pas le moment de baisser les bras. Jamais. Cinq mètres. Les plus longs. Cinq mètres.

Si seulement je ressentais un soutien, une épaule sur laquelle m’appuyer, un encouragement, une présence… Mais rien. La route, nue, poussiéreuse, et mes pas. L’un, puis l’autre. Et encore une fois, jusqu’à l’épuisement. Il y en a bien qui semblent me témoigner du support, d’autres qui pourraient assurer ce rôle, mais ils sont tous trop loin. Si loin qu’ils s’en confondent presque avec l’horizon.

Relève la tête !

Un dernier effort, une dernière ligne droite, et c’est fini. Du peloton qui était parti au départ, il ne reste plus que toi, et une poignée d’autres qui se battent pour la même victoire, mais sur un autre chemin. Oublie les. Oublie ceux qui t’ont abandonné, oublie ceux qui t’ont trahi.

Mais si seulement j’avais cette épaule sur laquelle pleurer, déverser ma rage, ma frustration et mes craintes ! Si seulement je me sentais moins esseulé… A quoi bon passer cette ligne si personne n’est là pour me voir, si personne n’a même l’envie de le voir ?

Tes craintes, ta rage… Porte les encore un moment. Quatre mètres. Les plus longs. Quatre mètres.

Prouve leur que si tu es épuisé, tu peux résister à l’effondrement.

Litige/Karaoké/Battle Graphique/Conférence/Croix Rouge/Journée de lutte/Sortie Es3kiel/Filages/Emoty:S/Partiels.

Et les quatre mètres restants deviennent un mur infranchissable.

MA&E – A(i)mant

          La présence de Marc devenait étouffante. Cette obsession parfaitement motrice initialement s’était changée en un cauchemar de tous les instants. Edwin était étreint par une sensation de malaise oppressante. Depuis le comptoir, il observait le manège des clients, et ne pouvait ignorer celui de l’un d’entre eux en particulier. À vrai dire, Marc n’avait jamais rien fait – du moins, pas consciemment – pour générer ce malaise. Pour rester parfaitement objectif, il n’y pouvait pas grand chose. Edwin se sentait perpétuellement repoussé dans une position de demande désespérée. Position qui ne lui plaisait guère.
Depuis le départ d’Angélina, et depuis cette soirée en particulier, leur relation était passée d’une courtoisie cordiale à une proximité – pouvait-on seulement la qualifier d’amitié ? – étouffante. C’était un peu comme être un enfant devant un sapin de Noël, privé du droit de même effleurer les paquets du bout des doigts. À la fois une frustration compréhensible, et une impression d’avoir été rabaissé et maintenu dans un état justifiant une certaine charité. Ses remarques, même amicales, devenaient systématiquement aux oreilles d’Edwin un manque de respect certain, et il se sentait de plus en plus offensé par ses taquineries. Et tout à fait objectivement, Edwin savait bien qu’il ne pouvait l’en blâmer. Marc était simplement lui-même, ni plus ni moins, et c’était bien cela qui était insupportable.
Edwin reposa derrière le comptoir le torchon qu’il était en train de tordre nerveusement et tenta de se décontracter, lâchant enfin des yeux l’objet de ses réflexions.
Au fond, Marc avait tout pour lui. Il pouvait les avoir, toutes et tous, à l’aide d’un simple sourire.
Et il le savait parfaitement. Il en jouait, c’était évident. Pourquoi chercher plus lorsque tout était déjà à portée de main, attendant d’être servi sur un plateau d’argent ? Et Edwin n’était qu’un client de plus dans une très longue file d’attente. Il s’agissait juste d’une personne qu’il s’adonnait à séduire pour le simple plaisir de constater son succès.
Il n’avait pas envie de se laisser faire, de se laisser manipuler, rabaisser, humilier. Et pourtant, il ne pouvait le lâcher des yeux bien longtemps. Même s’il se forçait, son regard retombait toujours, consciemment ou non, sur la même personne. Il avait déjà mis le doigt dans l’engrenage.
Edwin ferma les paupières et prit une longue inspiration avant de se remettre à la tâche. S’il ne se sortait pas tout ça de la tête, il allait finir par perdre la raison. Il lui tardait de se rendre à son entraînement, et de pouvoir à nouveau se noyer dans le rythme et la musique.

J’aimerais

Je voudrais écrire.

clavier

Ecrire chaque lettre, touche après touche, chaque mot, chaque phrase, chaque texte jusqu’à en détraquer mon clavier. Je voudrais écrire jusqu’à avoir des callosités au bout des doigts, jusqu’à en faire saigner mes phalanges. Je voudrais travailler ma prose jusqu’à en avoir des maux de tête. Je voudrais me laisser voguer sur les vers, me noyer sous les mots, me perdre à jamais dans leur illusion. Je voudrais fixer mes textes jusqu’à n’y voir que du feu, les contempler alors qu’ils vacillent et dansent comme une flamme. J’aimerais écrire toutes ces phrases et me perdre dans leur mélodie jusqu’à en devenir sourd ; j’aimerais goûter leur saveur jusqu’à l’écœurement, exhaler leur parfum d’aventure et de paradis pour qu’il imprègne le papier.

Toutes ces lettres que j’aimerais agencer pour en faire une réalité…

Si seulement j’en avais l’inspiration.

En fait, je suis juste con.

Je suis un mec très simple, mais avec des intérêts et des motifs compliqués. Je suis un peu comme le carrelage d’un château. C’est très élaboré, c’est très joli et très complexe. Mais au fond, c’est comme partout, c’est du sol et on marche dessus.

Là ce… matin… Et oui, j’ai l’impression qu’on est le soir, voyez-vous, vu que je n’ai pas encore dormi, je disais donc ce matin, j’ai l’impression d’être juste un idiot patenté. Je ne suis pas indécis. Non. En fait, je suis juste con.

Mettez-vous à ma place une minute. On vous propose un truc de rêve. Bah si vous réfléchissez ( et c’est bien là le problème) comme moi, vous allez dire non sous prétexte que ça ne peut pas durer assez longtemps. Non, Häm’ ; arrête donc de t’auto-limiter sous des prétextes idiots. Tu as les foies, c’est tout.

C’est ce que je vous disais. Ça a l’air compliqué, comme ça, mais en fait c’est très simple, et c’est comme partout ailleurs.

Résumons les faits pour être moins obscur.

Des yeux, un sourire à tomber, le rythme dans la peau… Le tout formant un ensemble charmant.

Certes, ce ne serait pas fort sérieux. C’est bien ce qui me déçoit, quelque part. Mais bon, c’est quand même tentant, non ? Certes, j’en ressortirai probablement plus bas que terre, après deux semaines d’un moral dans les chaussettes, mais qui ne tente rien n’a rien.

Et voilà le fond du problème. Au lieu d’une chance sur… Admettons 1 million, je suis généreux. Donc au lieu d’une chance sur un million que tout se passe pour le mieux, je réduis ça à zéro en prétextant le désavantage statistique. Mais c’est idiot ! Prenez les collecteurs de sang, qui se privent du mien sous prétexte que je présente un trop fort risque… Dommage, je suis O+, c’est quand même pas mal. Je trouve ça d’une bêtise sans nom, et je fais la même chose. Je vous en prie, flagellez-moi avec un poulpe.

Donc, oui, plus j’y regarde, et plus j’en suis persuadé : en fait, je suis juste con.

Come on, Häm, be audacious !

MA&E–Best Wishes From Upstairs

Mark was sat right in front of his laptop on the desk in the living room when he heard the door of the entry slamming and someone’s footsteps in the flat. He did not even turn around to know that Edwin was heading towards him with some kind of trouble bugging him. When he felt his lover’s hands on his shoulders, he looked up and met his gaze, full of certain bitterness.

Edwin leaned forward and kissed him on the lips as softly as he apparently could.

‘Ok’, Mark murmured. ‘What’s with you this time? Jellal again?’26949876-jpeg_preview_large

‘You guessed right’, his lover said while letting himself fall on the sofa. ‘He just gave me another of his endless moralizing speeches. Pretty depressing if you want my opinion about it.’

‘Still trying to sabotage your crew, is him?’

‘It actually looks like it. I’ll never understand what’s his problem. He seems to be willing to improve the association’s popularity, but in the meantime, he’s trying to divide the current crew. As if it could help anyway.’

Edwin bent down and began to take off his shoes.

‘I think he’s got a serious problem with Judith’, he pursued in a sight. ‘He doesn’t like her, and as she doesn’t fit his vision of a crew leader, he wants her to quit. You know I had to restrain myself very hard not to tell him having crew leaders a bit different from him and his mates would probably be the best thing that could ever have happened to Final Flow.’

Mark got up and came sitting next to Edwin.

‘OK… Then why is Judith so different from the previous crew leaders?’ he asked, a bit confused.

‘I’m not quite sure. She’s more… She is someone you can trust. Someone deeply honest and always fully connected to reality. Maybe she’s a little less experienced at leading people, but she’s always adding a different point of view to ours. I think she’s necessary to keep the association coherent.’

‘You’re confident about her. So it’s OK’ Mark said before kissing him on the chick. ‘Why is Jellal’s point of view so important anyway?’

Edwin sighted and looked away.

‘He’s influential to the rest of the crew leaders, and especially Paul. Actually, when he talked, he always said Paul was the one he would rely on. Not once he talked about me. I’m the main leader for god sakes. And I think that since the beginning of the year, I’m kindda the one they could rely on.’

‘It pisses you off’, Mark noticed calmly.

‘It sounded like he though Paul was a better match to be main leader’ Edwin complained. ‘How do you want me to have some authority if the former crew leaders spread that kind of an image of me?’

‘Be ware’ Mark warned. ‘I think that’s exactly what he wants to do to sabotage your crew: he’s dividing you guys. Do you have any problem with Paul?’

‘No, no, we’re perfectly fine. And good friends.’

‘So why do I sense this bitterness in your voice? It’s not like Paul had told you he thought himself a better match for the job… This guy is trying to divide you, and this way, he’s destroying the crew, although I seriously doubt he’s even conscious of that. He’s just mad at you because you remind him you’re doing a better job he’s done so far, with better choices and a better crew. You’ll have plenty of time to show it. Just don’t let him rule Final Flow. You are the leader now, not him. He can keep his advices for himself: what him and his team have made for the association is not what I think we should call a good example, even if he denies his part of responsibility in the association’s failure. His experience does not give him any more credit than you, cause it did not work out properly. Do it your way, and let him swallow back his frustration and his remorse. The best thing you could do is avoiding to let him corrupt Paul’s vision of your team. You must stick together.’

Edwin put his head on Mark’s chest, seeming a little revealed.

‘What could I possibly do without you?’

‘You could quit and take back a stupid job just because a frustrated guy succeeded in getting you down.’

‘True enough’ Edwin answered, faking a smile.

‘Do me a favor and please stop talking to that guy, would you? I don’t know him but he’s seriously getting on my nerves. I can see you coming home every night, and I can tell you the only thing that’s bothering you about Final Flow is always his point of view. So just have fun leading that crew, do it the way you like, do it the way you think will be helpful, but don’t – please don’t – listen to his crap. I’m tired and sick of it. I know he denies any responsibility in this crap, he’s the good guy in the story, just like all the others. But if you give up because of him, for sure he’ll be the one that will have ruined it all.’

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